On devrait détester Saints Row: The Third. Les blagues pipi-caca, le n’importe quoi permanent, un open world sans la gravité d’un Los Santos. Et pourtant, ce jeu de 2011, je l’ai platiné une première fois à sa sortie, puis à nouveau cette année sur la version remastered. Vingt-cinq heures de chaos. Je n’ai pas vu passer une seule minute. Ce n’est pas un aveu de nostalgie mal placée : c’est la preuve qu’un jeu peut miser toute sa mise de fonds sur une idée simple et la tenir jusqu’au bout, sans jamais s’excuser.

Dans la masse de tests et reviews que nous publions, peu de jeux parviennent à ce niveau de cohérence interne. Saints Row: The Third ne fait semblant à aucun moment. Et c’est pour ça qu’il reste, en 2026, le seul GTA-like que j’ai envie de relancer après avoir couché les gosses.

Un open world qui refuse de se prendre au sérieux

Le genre du open world urbain s’est construit sur une promesse de réalisme. GTA IV avait cimenté cette voie avec sa physique lourde et ses histoires de migrants. Volition a fait le choix inverse. Tout, dans Steelport, est conçu pour rappeler que vous êtes dans un bac à sable et que les règles sont les vôtres : les piétons s’éparpillent quand vous sprintez, les voitures explosent au moindre choc un peu sec, et votre personnage peut dégainer un gode en caoutchouc violet pour tabasser un policier.

Ce refus du sérieux n’est pas gratuit. Il libère le joueur de la pression narrative qu’impose un GTA. Vous n’êtes pas là pour gravir les échelons du crime. Vous êtes déjà le patron des Saints, et la seule question est de savoir jusqu’où vous êtes prêt à aller pour récupérer votre ville. La réponse, le jeu la met en scène avec une générosité qui force le respect : infiltration d’un entrepôt militaire en chantant du Sublime, combat contre un catcheur masqué dans un ring en feu, descente en parachute au milieu d’un échange de tirs entre le SWAT et des clones de votre propre gang.

C’est cette absence totale de filtre qui rend l’expérience si difficile à lâcher. Là où GTA V vous rappelle sans cesse le poids du système, Saints Row: The Third vous balance un tank à une main et un jet enflammé dans l’autre, et vous dit « Fais-toi plaisir. » Treize ans plus tard, cette radicalité est intacte.

Des armes et des véhicules qui récompensent l’expérimentation

La star, c’est le pistolet à requins. L’arme incarne tout ce que le jeu fait de mieux : une idée con, poussée à l’extrême, avec une animation et un feedback qui la rendent jouissive à utiliser. Vous visez, vous tirez, et un squale jaillit du sol pour gober votre cible dans un geyser d’hémoglobine. Le son est gras, la manette vibre, et vous éclatez de rire. Même après cent kills.

Le jeu ne se contente pas d’une bonne vanne visuelle. Chaque arme modifie votre approche des fusillades. Le fusil à impulsion électrocute les groupes, les bombes collantes transforment n’importe quel véhicule en missile téléguidé, le drone télécommandé nettoie une zone sans prendre un seul risque. Ce qui est « fun » ici, c’est la variété des outils et la façon dont le bestiaire réagit : les Brutes encaissent et chargent, les soldats du STAG vous hackent, et les soirées au sommet d’un building exigent de changer trois fois de stratégie en trente secondes.

Les véhicules suivent la même logique. Le VTOL est un jet à décollage vertical qui ratisse les rues en mode stationnaire. Le tank déforme le décor. La moto à réaction explose au premier virage raté. Chaque engin a une personnalité, et le jeu ne vous pénalise jamais pour avoir choisi l’option la plus bruyante. Au contraire : il vous donne plus de respect, la monnaie d’XP qui débloque les améliorations.

Le platine, une formalité pour les amateurs de chaos

Platiner Saints Row: The Third est presque trop facile. Le trophée le plus exigeant demande de terminer toutes les activités annexes en mode difficile, et c’est tout. Aucune chasse aux pigeons insupportable, aucun score marathon. Si vous avez aimé le jeu, le platine tombe naturellement.

C’est rafraîchissant, à une époque où les trophées sont souvent des prétextes à allonger artificiellement la durée de vie. Ici, les développeurs ont compris que leurs activités étaient déjà assez barrées pour se suffire à elles-mêmes. Le circuit d’assurance où il faut se jeter dans le trafic pour gonfler une facture d’hôpital, le mode « Professor Genki » qui mélange pièges et mascottes en costard, les sessions de tank en plein centre-ville : tout ça est calibré pile pour le temps d’une session. Même le farm de respect pour acheter toutes les améliorations ne donne jamais l’impression d’être une corvée, parce que chaque action en génère.

Pour ceux qui veulent optimiser, notre rubrique Guides & Astuces détaille comment farmer efficacement les activités les plus rémunératrices. Mais franchement, vous n’en aurez pas besoin.

La technique : la version Remastered comme seul choix valable

Si vous lancez la version PS3 aujourd’hui, c’est un choc. La résolution sous-HD, les textures floues, les chutes de framerate dès que la fumée s’accumule : le jeu accuse son âge. Et surtout, il ne tient pas le 60fps. Pour un titre qui repose sur l’enchaînement rapide des actions, la fluidité n’est pas un luxe, c’est un prérequis. C’est une conviction qu’on défend dans chacun de nos tests, et Saints Row: The Third ne fait pas exception.

Le Remastered de 2020 change tout. Tournant en 60fps sur PS5 et Xbox Series, il redonne au gameplay la réactivité qu’il mérite. Les textures retravaillées respectent la direction artistique d’origine : Steelport reste une ville terne pleine de néons criards et de statues géantes, mais elle gagne en lisibilité. Les temps de chargement sont réduits à presque rien. Enfin, le DLC « Trouble with Clones » est inclus, ce qui complète l’expérience sans passer à la caisse une seconde fois.

Quand on suit les news et actus du secteur, on voit défiler des remasters baclés, des portages qui cassent l’ambiance originale. Celui-ci fait figure d’exception. Il ne trahit rien. Il se contente d’offrir la version ultime d’un jeu qui n’a jamais eu besoin de plus que ça.

L’humour peut-il encore faire mouche en 2026 ?

Oui, et non. Le pire a plutôt bien vieilli : les camionnettes de produits toxiques à disperser dans les rues, les poursuites en charrette de golf armée, le running gag autour du doubleur Nolan North qui joue son propre rôle. Ça reste drôle parce que c’est absurde sans être cynique.

Les blagues graveleuses, en revanche, peuvent heurter les sensibilités d’aujourd’hui. Le jeu a été écrit avant que l’industrie ne se pose sérieusement la question de la représentation. Certaines vannes sur les prostituées, les stéréotypes ou l’hypersexualisation des personnages féminins sont datées, voire inconfortables. Le plus étonnant, c’est que le ton général ne s’en trouve pas plombé. La surenchère permanente laisse trop peu de répit pour s’attarder sur un gag qui tombe à plat. Et le jeu se moque de lui-même en premier, ce qui évite le malaise durable.

Des DLC qui ne changent pas la donne

Le Remastered embarque quasiment tous les DLC sortis à l’époque. On y trouve de nouvelles tenues, des véhicules bonus comme le jet du futur, et surtout la campagne « Trouble with Clones » qui offre une ou deux heures de chaos supplémentaires. C’est du contenu agréable, bien dans le ton, mais qui ne hisse pas le jeu plus haut.

Le seul regret vient des DLC purement cosmétiques qui, au lancement, étaient vendus comme des accélérateurs de progression. Inclus dans le pack, ils deviennent des bonus inoffensifs. Ils ne déséquilibrent rien. Au pire, ils vous filent un pistolet à bulles trois heures avant de le débloquer normalement. Rien qui mérite un détour obligatoire.

Questions fréquentes

Saints Row: The Third est-il jouable sur Steam Deck ?

Parfaitement. Le Remastered tourne à 60fps en réglages moyens, sans la moindre bidouille de fichier ini. L’expérience portable colle incroyablement bien au rythme des activités courtes. C’est sans doute la meilleure plateforme pour le découvrir en 2026.

Pourquoi le reboot Saints Row (2022) a-t-il échoué à capturer l’esprit de The Third ?

Parce qu’il a tenté de rajeunir le ton sans jamais oser la pure folie. Il parle de créateurs de contenu, de start-up criminelle et de loyers à payer. Ça sent la réunion marketing. Ce qui rend The Third intemporel, c’est son refus total de se justifier. Le reboot demande pardon à chaque blague.

Faut-il jouer à Saints Row 2 avant The Third ?

Non, l’arc narratif est indépendant. Saints Row 2 reste un excellent jeu, mais sa rouille technique le rend difficile à recommander sans préparation. The Third est une porte d’entrée idéale, à condition d’accepter qu’on ne vous explique rien du lore des Saints. Et franchement, vous n’en avez pas besoin.

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