J’ai laissé l’Aston Martin DB5 se faire défoncer par une Camaro de flic à l’entrée du port. Volontairement. Pas par défi, pas par rage : par lassitude. Je venais d’engloutir douze bornes de chasse sans jamais dépasser la troisième place, et cette bagnole de James Bond que j’avais rêvé de balader dans Fairhaven tenait moins le pavé qu’un souvenir d’enfance. C’est peut-être le moment de le dire : le Pack Comme au cinéma, c’est une bande-annonce qu’on t’a facturée.

Des caisses de film qui débarquent sans scénario

Need for Speed Most Wanted 2012 n’avait déjà pas besoin d’un scénario. Criterion avait livré un bac à sable de courses-poursuites où la progression tenait dans la liste de tes potes à battre. Le jeu tournait autour d’une promesse : conduire, esquiver, recommencer. Alors quand un DLC annonce des véhicules « comme au cinéma », tu t’attends logiquement à ce que le cinéma s’invite dans ta partie. Une course-séquence avec des barrières qui explosent en script, une chasse de flics chorégraphiée où la DB5 balance de la fumée pendant que des hélicos te filment. Non.

Tu installes le pack, et Fairhaven reste Fairhaven. Mêmes rues, mêmes feux rouges, mêmes sprints. Le seul truc qui change, c’est la silhouette dans ton garage. La Mustang GT 390 de Bullitt, la Dodge Charger R/T, l’Aston Martin DB5, la Pontiac Firebird Trans Am, la Ford F-100. Cinq caisses iconiques, livrées sans mode photo, sans playlist, sans une seule course inspirée de leurs poursuites cultes. Le fan service s’arrête au modelé 3D.

Le pire, c’est qu’elles ne t’appartiennent même pas dans le mode carrière, là où tu construis vraiment ton palmarès. Tu les récupères uniquement en multijoueur, sur la carte libre. Tu parades devant tes potes, tu fais vroum-vroum, tu te crashe contre un mur. Fin du générique.

⚠️ Attention : sur la version PlayStation Vita, ce DLC n’est pas sorti. Si jamais tu relances une cartouche du jeu de 2012, ne cherche pas le Pack Comme au cinéma dans le PS Store portable.

Le mauvais type de rareté

Je comprends l’idée de proposer des modèles sous licence. La Pontiac Firebird, c’est KITT de K 2000. La Dodge Charger, c’est la General Lee. Des noms qui font briller les yeux. Mais Criterion n’a rien fait avec ça, sauf coller des droits et un prix premium sur l’étiquette. Le DLC coûtait plus cher à l’unité que la plupart des packs contenant vingt caisses customisables dans les autres Need for Speed. Une fourchette de prix qui ne se justifiait que par l’exclusivité des licences, pas par le travail de design ou le contenu.

C’est un pattern que l’industrie a ressassé pendant toute la septième génération : des packs « films » ou « héros » qui vendent la rareté, pas l’expérience. Le Pack Comme au cinéma en est l’archétype. Il n’ajoute pas de mécanique, pas de handling différencié, pas même un bruit moteur fidèle aux bandes-son d’origine. La DB5 ne fait pas pffff-tac comme les gadgets de Q. La Mustang de Bullitt ne distord pas le son dans un écho de San Francisco. Tu roules avec un skin, point.

Si tu fais du test de DLC sérieusement, tu regardes ce que le contenu change dans ta session. Ici, ta session reste identique. La Camaro de flic te mettra toujours la misère au virage du port, et tes pneus crisseront pareil. La seule différence, c’est que tu as payé pour le faire au volant d’une silhouette que tu as reconnue sur l’affiche.

Une injection de nostalgie qui oublie les pilotes

La nostalgie vidéoludique, on l’a défendue dans ces colonnes. On a platiné des jeux vieux de quinze ans parce qu’une bande-son ou un modèle de pneu nous renvoient à une époque. Mais la nostalgie ne supporte pas la paresse. Le Pack Comme au cinéma est paresseux parce qu’il ne cherche à aucun moment à connecter la conduite à ce que ces bagnoles représentent dans l’imaginaire collectif.

Quand tu conduis la DB5, tu n’as pas envie d’enchaîner un sprint de deux bornes entre deux quartiers sans âme. Tu veux fuir des hélicoptères, percer un barrage, voir l’asphalte se déchirer. Qu’on te donne une course contre la montre avec une valise à récupérer avant que la marée ne monte. N’importe quoi qui ressemble à une scène, quoi. À la place, tu fais un 0-100 sur l’autoroute en écoutant la radio de Fairhaven. C’est un gâchis.

Le seul moment qui flirte avec une forme de mise en scène, c’est quand tu engages la poursuite avec les flics. Et encore, ça repose entièrement sur le jeu de base : tu peux le faire en Toyota, le résultat est le même. Pas d’évènement unique, pas de caméra cinématique supplémentaire, pas de dialogue radio qui cite les films. Tu te retrouves à piller ta propre mémoire pour meubler l’expérience, et ça, un bon DLC ne devrait jamais te l’imposer.

Ce pack, au fond, est un test de Rorschach : tu projettes ton amour du cinéma sur cinq modèles, et tu espères que le jeu fera le reste. Il ne le fait pas. Et c’est la raison pour laquelle le DLC a disparu des conversations deux semaines après sa sortie.

Ce qui aurait pu sauver le pack

Rétrospectivement, quelques ajustements minimes auraient pu transformer une collection paresseuse en vraie raison de relancer le jeu. Trois choses.

D’abord, une poignée d’évènements scriptés reprenant les codes des poursuites au cinéma. Pas besoin de voix, pas besoin de storyboard. Une course en tête-à-tête contre une autre voiture iconique, avec des obstacles qui s’effondrent et une musique qui accélère. Criterion savait faire ça, ils l’avaient prouvé dans les précédents Burnout.

Ensuite, une différence de pilotage. La Dodge Charger R/T de Bullitt, ça danse du cul. La vraie. Dans le DLC, elle a le comportement générique d’une muscle car de Most Wanted. Un poil plus lourde à l’arrière, peut-être, mais rien qui ne te donne l’impression de devoir la dompter. Les développeurs ont simplement recyclé les classes de véhicules existantes. Un manque d’ambition qui se sent à la première glissade.

Enfin, un mode photo amélioré ou une option de rejouabilité en caméra libre, pour capturer tes poursuites comme des plans de cinéma. Criterion avait un moteur visuel qui tournait bien, même sur PS3. Laisser les joueurs monter leurs propres séquences avec ces caisses, ça aurait au moins prolongé la durée de vie du DLC. Au lieu de ça, tu passes vingt minutes à enchaîner les sprints, tu ranges la manette, et tu retournes sur le mode carrière. Avec ta Porsche.

Le tarif d’un poster qu’on t’a laissé coller au garage

Le prix a toujours été le talon d’Achille des packs « héros ». Quand tu vends des voitures sous licence film à un tarif supérieur aux packs de véhicules classiques, tu ne vends plus du contenu de jeu. Tu vends une autorisation de marque. Et les joueurs le sentent.

Dans un écosystème où les DLC de Most Wanted incluaient déjà des packs à tarifs modérés avec des courses inédites et des défis, le Pack Comme au cinéma jouait contre son camp. Même dans son bundle, il était difficile de le justifier face à d’autres ajouts. L’argument implicite, c’était « regardez les droits qu’on a négociés ». Sauf que nous, derrière l’écran, on n’est pas agents de licence. On attend que le jeu nous surprenne. Une photo de voiture ne fait pas ça.

Les articles de news d’époque ont surtout relayé l’annonce, le name-dropping des licences, sans jamais pointer du doigt cette ligne rouge. Nous, avec le recul, on peut l’écrire : c’est le DLC qu’on achète pour étoffer une collection, pas pour jouer.

Pas de platine, pas de pitié

Quatre-vingt-dix heures dans Most Wanted, un platine propre, et pourtant ce DLC n’a jamais servi à viser un trophée. Il n’ajoute aucun succès, aucun challenge. Même le mode en ligne ne le valorisait pas : les lobbies préféraient des voitures plus nerveuses, et les courses rapides se gagnaient au millimètre, pas à la gueule de l’auto.

Je me souviens d’avoir tenté un duel de copains sur l’autoroute déserte. Lui en Firebird Trans Am, moi en DB5. On a ri deux minutes du décalage entre la carrosserie et l’absence totale de mise en scène. Puis on est retournés sur nos caisses habituelles. Ce DLC ne tenait pas la session. Il n’était même pas un argument pour relancer le jeu un dimanche. Juste un achat compulsif de fan, un soir de promo sur le PS Store.

C’est toute la différence entre un contenu qui alimente le jeu et un contenu qui le décore. Les meilleurs DLC te forcent à reconsidérer un boss, un virage, une mécanique. Ici, rien ne vacille. Tu mets la DB5, tu acceleres, tu freines. Pareil. La voix de ton copain sur le micro résume tout : « Ça sert à quoi, en fait ? »

Questions fréquentes

Ce DLC est-il encore accessible sur le PS Store en 2026 ?

Tout dépend de la plateforme et de la région. Le jeu original est rétrocompatible sur certaines Xbox, mais sur PlayStation, la boutique PS3 est en sommeil. Le contenu est probablement encore téléchargeable pour ceux qui l’ont acheté, mais un nouvel achat est quasi impossible. Vérifier depuis une PS3 connectée reste la seule méthode fiable.

Est-ce que l’une des voitures offre un avantage en compétition ?

Aucune ne surpasse les meilleures du jeu. Leurs statistiques sont moyennes dans leurs catégories respectives. Tu les choisis pour le style, jamais pour gagner. En course classée multijoueur, tu ne croiseras quasiment jamais la Dodge Charger R/T.

Existe-t-il un autre DLC de ce type sur Most Wanted qui vaut vraiment le détour ?

Le DLC de l’aéroport ou les packs d’évènements ajoutent du vrai contenu : sauts, tracés inédits, défis. Si tu cherches du concret, fuis les packs « héros » et vise les extensions de carte ou de modes.

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